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A chacun sa lagune

 

Tirée d'un roman de Philippe Djian, une comédie de moeurs existentielle à vocation policière.

 

Ecrivain reconnu, confortablement installé dans l'existence, Francis (André Dussolier), bourgeois éclairé à l'élégance décontractée et au sourire charmeur, cherche un pied-à-terre à Venise pour écrire son prochain roman. Judith (Carole Bouquet), agent  immobilier, haut de gamme aussi séduisante que distinguée, lui en trouve un prestissimo, situé sur l'île de Sant'Erasmo, un coin encore préservé et isolé de la foule des touristes. Francis est prêt à prendre sur-le-champ la maison, si Judith accepte d'habiter avec lui. C'est oui.

Passés les premiers moments de complicité amoureuse dans cette enclave hors du temps et des contingences matérielles, les choses se compliquent. Francis a du mal à trouver l'inspiration, comme à chaque fois qu'il est amoureux. Ensuite, sa fille Alice (Mélanie Thierry), mère fantasque et imprévisible, débarque sur la lagune avec sa petite Vicky (Zoé Duthion). Mais c'est pour disparaître presque aussitôt en laissant sa fille, mais pas d'adresse.

Rêverie délicieuse

Francis commence par enquêter auprès d'une ancienne maîtresse, Anna Maria (Adriana Asti, que, par une malice de Téchiné, on verra, jeune, dans un extrait de « Prima della Rivoluzione » de Bertolucci, 1963) ). Lesbienne assumée, c'est la mère de Jérémie, beau gosse en proie aux états d'âme les plus noirs. Il semblerait qu'Alice fréquente un petit réseau vénitien branché drogue, d'où elle envoie à son père une étrange « sex-tape ».  La comédie de moeurs tente alors une incursion du côté de l'intrigue policière, mais sans l'investir vraiment. Filatures plus ou moins professionnelles, observations flâneuses à la jumelle ou au téléobjectif, virées mouvementées en bateau à moteur sur fond de place Saint-Marc,

Est-ce la tranquillité un peu provinciale d'un Venise débarrassé de ses touristes, l'atmosphère d'éternel été indien dans laquelle baigne le film, la peau sublimement dorée de Carole Bouquet, l'élégant détachement d'André Dussolier, les cabotages et les cabotinages ? Toujours est-il qu'on traverse «  Impardonnables » - tiré d'un roman que Philippe Djian situait sur la côte basque -dans un état de rêverie délicieuse doublé d'une forte empathie pour le couple formé par Francis et Judith. Le danger affleure sans vraiment inquiéter, provoquant de coupables frissons, des envies de voyage. Et l'assurance d'un happy end.

 

Thierry Gandillot, Les Échos, 17/08/11