Philippe Djian: «J'ai l'impression d'avoir trouvé mes racines au Pays basque»

 

Philippe Djian a fixé le rendez-vous au Bar de l’Hôtel du Palais à Biarritz. Celui que l’on a surnommé «l’écrivain rock» se présente en tee-shirt, tongs et short noir à l’entrée du palace biarrot. Un pied de nez assumé aux propriétaires des voitures de luxe, souvent immatriculées en Russie, qui peuplent le parking.

D’où vient votre attachement à Biarritz ?

C’est un attachement au Pays basque plus qu’à Biarritz. L’été, il y a trop de monde ici. Donc je vais aller me réfugier à Sare, où nous avons loué une maison, au pied de la montagne de la Rhune. Mais Biarritz est comme un port d’attache, c’est mon deuxième chez moi. J’ai beaucoup vécu à l’étranger, aux Etats-Unis. Mais c’est un endroit où nous revenons chaque fois, avec ma femme et mes enfants. J’ai l’impression d’avoir trouvé nos racines ici. Nous retrouvons des personnes qui sont devenues nos amis quand nos enfants étaient en maternelle. Ce que nous apprécions ici, c’est le climat, la beauté des paysages, l’éloignement de Paris…

Comment se passe votre été ici ?

Je viens de finir mon nouveau livre, Love Song, qui sortira en octobre. En tant que Lauréat 2012 du Prix Interallié, je fais partie du jury, donc je lis beaucoup : j’ai 150 livres dans ma valise ! J’aime aussi rencontrer mes amis qui passent l’été au Pays basque comme Marie Darrieussecq ou Frédéric Beigbeder. J’aime les balades dans la montagne basque, cet espace ouvert. On peut passer de l’autre côté, en Espagne, sans aucun problème, sur les traces des contrebandiers, sous les bois, avec les pottioks en liberté… Ailleurs en France, on est tout de suite bloqué par des clôtures, des propriétés privées. Pas ici.

Vous êtes-vous mis au surf ?

Non, mais j’ai une photo de moi, sur une planche de surf tenue par le multiple champion du monde Tom Curren ! Je ne pouvais pas mieux faire, donc je me suis arrêté là ! (Rire)

Vous avez habité dans les Corbières ?

Oui, à Fitou, où la mère de ma femme avait racheté une ruine. Avec mon frère, on a reconstruit cette bergerie pendant deux ans. Mais je n’arrivais pas à m’y sentir de racines.

Cette période a inspiré 37°2

C’est étonnant, mais je n’avais jamais vu les bungalows de Gruissan quand je l’ai écrit ! Quand Jean-Jacques Beineix a fait les repérages il s’est foutu de moi ! Mais j’avais la Méditerranée en face de chez moi, je n’avais pas besoin d’aller à 25 kilomètres. Donc je ne connaissais pas Gruissan.

Comment êtes-vous arrivé à Biarritz ?

Grâce à Antoine de Caunes. Je lui dois tout. Je ne vendais pas beaucoup. J’étais persuadé que mes lecteurs potentiels étaient les habitués de ses émissions plutôt que ceux d’Apostrophes. Alors je lui ai écrit et envoyé mes premiers livres. Il m’a dit «C’est génial, on fait un 52 minutes». Il a débarqué à Fitou. J’ai commencé à vendre grâce à lui. Je lui ai dit que je ne me sentais pas de racines dans les Corbières. Il m’a dit d’essayer Biarritz. Nous avons fait nos valises, et nous avons adopté Biarritz.

Il est aussi à l’origine de votre amitié avec Stephan Eicher ?

Il voulait faire une émission chez moi à Biarritz et m’a demandé de choisir un invité musical. On ne pouvait pas avoir Leonard Cohen, alors je lui ai parlé d’un type avec un accent pourri qui passait à la radio, mais dont je ne comprenais pas ce qu’il chantait. C’était Stephan Eicher. On a passé cinq jours de tournage, très timides tous les deux, sans que ça se décoince vraiment. Chose incroyable, les caméras neuves de l’équipe d’Antoine n’avaient pas fonctionné et n’avaient rien enregistré ! Il a fallu tout recommencer. A la fin du deuxième tournage de cinq jours, nous étions devenus amis. Il m’a demandé si je pouvais finir une chanson. Je crois que c’était «Pas d’ami».

Depuis, vous n’avez pas d’autre ami comme lui ?

J’ai deux amis comme ça : Stephan Eicher et Antoine de Caunes !

Donc vous êtes heureux qu’Antoine de Caunes reprenne le Grand Journal de Canal + ?

J’en suis vraiment heureux. C’est un gars qui a la classe, de la noblesse de cœur, qui est généreux. Il me fait rigoler. Je lui ai même donné le manuscrit de 37°2 !

Où en est votre collaboration avec Stephan Eicher ?

Je suis très content car son dernier disque, «L’envolée», pour lequel j’ai écrit neuf chansons, marche très bien. Il doit être en concert à Carcassonne le 25 juillet. Nous avons arrêté les rencontres littérature et musique. Nous sommes montés ensemble sur scène pour la première fois à Toulouse, pour le Marathon des Mots, il y a quelques années. C’est un formidable cadeau qu’il m’a fait !

Ecrire un roman ou des chansons, que préférez-vous aujourd’hui ?

Ce qui m’apporte le plus de bonheur, c’est l’écriture ! Je me sens plus responsable quand il s’agit d’écrire une chanson, car cela possède une puissance formidable. Une phrase peut entrer en vous comme ça. Ecrire un livre, c’est différent. Moi je n’écris pas des histoires. Comme disait Céline, les histoires, il y a les journaux pour ça. J’écris pour la langue. La première phrase du livre me donne le rythme et la suite en découle.

Vos projets pour la rentrée…

La sortie de Love Song en Octobre. Je dois publier un long article dans «Long Cours», sur un voyage que je viens de faire à Shanghaï. Beigbeder m’a demandé de faire une chronique dans le magazine Lui qu’il relance. Je vais aussi animer des ateliers d’écriture et je viens de signer pour cinq prochains romans avec Gallimard.

 

Propos recueillis par Pierre Sauvey