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Distingué en 2012 par le prix Interallié, l'écrivain-culte sort en cette rentrée son 26e roman, "Love Song", à l'écriture toujours plus radicale.

 

Philippe Djian n'en fait pas un mystère : sa culture était musicale avant d'être littéraire et il a toujours fantasmé sur la reconnaissance liée à la scène, physique et immédiate, quand celle liée à l'écriture "arrive des mois après la fin d'un bouquin, alors que vous êtes déjà dans le suivant". À ce titre, il évoque comme un "cadeau" la série de concerts littéraires donnés il y a deux ans avec Stephan Eicher pour qui, faut-il le rappeler, il a écrit de nombreux textes et sur le dernier album duquel il pose sa voix. En bref, s'il est dubitatif quant au qualificatif d'écrivain rock qu'on lui accole (trop) souvent, celui qui connaît son univers sait que la musique y est omniprésente. Rien de surprenant donc à ce que dans son nouveau roman, le vingt-sixième, il se glisse dans la peau d'une rock star quinquagénaire aux prises avec le business des maisons de disques.

Oui mais, comme souvent chez Djian, le sujet - et en l'occurrence, c'en est un de taille - n'est pas vraiment le propos. Il est surtout un prétexte à digresser sur le rapport homme-femme, l'amitié et, en filigrane, la paternité, les rapports de la fratrie et la trahison des idéaux l'âge aidant. Des motifs de questionnements récurrents chez l'auteur. Plus que celle d'un musicien, Love Song donne donc à lire l'histoire d'un homme manipulé par sa femme, laquelle revient au domicile conjugal après l'avoir allègrement cocufié des mois durant. Mais comme tous les avatars romanesques de Djian, ce héros-là ne peut pas grand-chose devant le galbe d'une cuisse, une paire de seins et l'émotion provoquée par le souvenir et/ou la perspective d'une partie de jambes en l'air. Le sexe étant peut-être le seul salut, la seule opportunité d'être parfaitement raccord avec l'Autre ; pour le reste, "bien souvent, deux personnes qui vivent ensemble vivent pourtant deux histoires différentes. Au fond, on n'est bien qu'avec soi-même", estime l'auteur.

On dit souvent de l'oeuvre de Djian qu'elle est sombre. Évidemment. Et pourtant. Il y a ici, et comme toujours, des éléments cocasses, des situations improbables, de l'humour et de la tendresse. Il y a surtout un rythme, un ton. Alors, s'il est question de musique, elle tient davantage à celle du style, à une écriture catégorique encore radicalisée par les nombreuses ellipses et l'omission totale des points d'interrogation. Et toujours guidée par un seul désir : celui de la forme juste, celle qui "dit" la vie.

 

Charlotte Pons, Le Point, 28/09/13

 

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