Philippe Djian au 27ème Salon du livre de Genève le 4 mai

Philippe Djian participera au 27ème Salon du livre de Genève le samedi 4 mai. Deux interventions sont prévues :
- la 1ère en compagnie d'Année Quinze, qui vient de publier 136 poèmes (Éd. Le miel de l'ours), entre 11h15 et 12h.
- la seconde, organisée par L'Hebdo, aura lieu de 15 à 16 heures, et portera sur "La littérature de la provocation".
Philippe Djian à Shanghai le 27 avril et à Copenhague le 23 mai

L’Alliance française organise, à l'occasion de l’exposition "Du geste au langage" au Rockbund Art Museum, une rencontre avec plusieurs écrivains à Shanghai. Philippe Djian sera présent le 27 avril 2013, entre 19 et 20 heures, au Rockbund Art Museum de Shanghai (Rockbund Art Museum, 20 Hu Qiu Lu,Shanghai / Tel : 021-33109985/ Site).
L'écrivain est également invité à la Bibliothèque Royale de Copenhague le 23 mai 2013 à 20 heures (Danemark), dans le cadre de l'International Forfatterscene. Informations et réservation à cette adresse.
Philippe Djian : “Il y a des gens qui utilisent les tablettes pour faire les malins” (Les Inrocks, 24/03/12)

Ebooks, tablettes, vente en ligne, livres enrichis : le numérique modifie en profondeur le monde de l’édition, de la création à la diffusion. À l’occasion du Salon du livre, état des lieux d’une révolution en cours en compagnie de Philippe Dijan.
Quel rapport entretenez-vous avec le livre numérique, les tablettes et autres liseuses ?
Je ne suis pas hermétique, mais ça m’emmerde. Je ne trouve pas ça agréable. J’ai besoin d’avoir du papier dans les mains, de tourner les pages. J’aime bien avoir un gros livre entre les mains, voir l’effort que je fournis. Il y a des gens qui utilisent les tablettes pour faire les malins, parce que ça fait moderne. Mais il y aura toujours des gens qui aimeront les livres imprimés. Reste que j’ai beaucoup de mal à me mettre dans le camp de ceux qui refusent parce que c’est à cause de ce genre d’attitude qu’on vit dans une société bloquée. Et puis on ne peut pas aller contre ces nouvelles technologies.
Vous avez déjà pensé écrire un livre enrichi ? Vous qui citez beaucoup de morceaux de musique dans vos livres, vous pourriez ajouter du son, des liens vers des clips…
Je me suis longtemps amusé à donner des références musicales dans mes livres, mais parfois seulement d’un point de vue littéraire, pas forcément dans l’idée qu’on pourrait un jour cliquer dessus. Mon ami Stephan Eicher a réalisé un objet hybride autour de Jean-Jacques Rousseau, une promenade audio avec des lectures etc… Là, ça se justifie. Si je suis obligé de recourir à ça, ça veut dire que je ne sais plus écrire.
En tant qu’écrivain, est-ce que vous vous sentez menacé par le numérique, notamment en ce qui concerne le droit d’auteur ?
Le même problème se pose aujourd’hui aux écrivains que celui qui s’est posé aux musiciens. Les maisons de disque n’ont pas été foutues de décider d’un moyen de rémunérer les artistes lésés par le téléchargement. Les éditeurs sont en train de faire la même chose. Je connais des écrivains qui refusent d’être rémunérés pour le numérique au même niveau que pour le papier. C’est tout bénef pour les éditeurs parce qu’ils réalisent une énorme économie sur le numérique.
Cela dit, je pense que le passage au numérique pour les écrivains sera moins brutal que dans le monde de la musique. Stephan me parle souvent des sites de streaming. Il me dit que malgré son nombre de passages assez conséquent sur ces sites, ça ne lui rapporte même pas de quoi s’acheter un jeu de cordes pour sa guitare. Le problème se posera aussi pour les écrivains, mais dans une moindre mesure. Le vrai problème c’est de pouvoir vivre quand on travaille dans la culture. Comment manger si vous êtes lu par une centaine de personnes ?
Il va falloir trouver une solution à tous les niveaux. Ca va être très long. Je pense que l’on est vraiment à un moment charnière ; je le sens même au niveau de l’écriture. Il se passe quelque chose. C’est n’est pas une révolution comme celle du langage qu’a provoquée Céline, mais c’est une période d’adaptation. Je n’ai plus envie d’écrire les livres que j’ai lus. J’essaie des choses. Quand ça ronronne, ça ne sert à rien. Il faut que la littérature submerge, aille là où ça fait mal.
Avec le numérique, se propage aussi l’idée que les auteurs pourront se passer d’éditeurs, publier directement leurs livres sur Internet. Qu’en pensez-vous ?
Remettre son manuscrit à son éditeur, c’est à la fois un vrai bonheur et toujours une angoisse incroyable. S’il n’y a plus cet échange-là, c’est triste. Il n’y a qu’à demander à Marc-Edouard Nabe qui s’autoédite s’il est heureux de ça.
Il faut que le côté vivant, humain, perdure. J’aime le fonds Gallimard, être dans la maison qui a publié Hemingway. Pour mon agent Andrew Wylie, Gallimard, c’est “total respect”. J’aime l’édition, les éditeurs, j’aime le livre. Avec le numérique, je pense que ce qui va disparaître, ce sont les grosses boîtes comme Virgin, la Fnac où on vend de tout comme dans les parapharmacies. Ce qui va rester, ce sont les bons, les vrais. Les lecteurs de passage vont devenir des proies faciles pour les nouvelles technologies. Les autres iront dans les vraies bonnes librairie
Elisabeth Philippe, Les Inrockuptibles, 24/03/13.
Quelques dates à retenir, mars/avril 2013
Pour faire le point sur les différentes manifestations auxquelles Philippe Djian participe durant les prochaines semaines, en voici la synthèse :
- Festival de la fiction française, en Italie, du 5 au 9 mars 2013.
- Centre Pompidou (Paris), 18 mars 2013.
- Festival des scénaristes de Valence, du 10 au 14 avril 2013.
- Théâtre de l'Odéon, soirée consacrée à Marguerite Duras, 15 avril 2013.
- Festival littéraire Franco-Irlandais à Dublin, du 19 au 21 avril 2013.
Les dates d'autres manifestations auxquelles est invité l'écrivain, notamment en Chine et au Danemark, seront bientôt communiquées.
Ph. Djian au théâtre de l'Odéon le 15 avril
Dans le cadre des rencontres littéraires du théâtre de l'Odéon animées par Paula Jacques, Philippe Djian parlera du travail et l'œuvre de Marguerite Duras le lundi 15 avril à 20 heures.
Philippe Djian en Italie dans le cadre du Festival de la fiction française (5 au 9 mars 2013)
L'Institut français en Italie organise la quatrième édition de son Festival de la fiction française du 27 février au 9 mars 2013. Répartis dans seize villes italienne, dix-neuf romanciers dont les œuvres sont traduites en italien viendront parler de leur travail. Philippe Djian sera à Catane le 5 mars (Librairie Feltrinelli Point, 18 h.), à Messine le 6 mars (Librairie Feltrinelli Point, 18 h.), à Palerme le 7 mars (Librairie Feltrinelli, 18h30) et à Rome le samedi 9 mars (Institut français, Centre Saint-Louis, 17 h.).
Philippe Djian président du Festival des scénaristes de Valence

Philippe Djian présidera le Festival des scénaristes de Valence, du 10 au 14 avril 2013. C'est la première fois qu’un écrivain est sollicité pour remplir ce rôle. Cette seizième édition est axée autour de l’adaptation audiovisuelle des œuvres littéraires.
Toutes les informations et le détail des manifestations figurent sur le Site du Festival.
Entretien avec Philippe Djian à propos de "L'envolée" (Bayon, Libération, 25/01/13)

«L’un conduit le tank, l’autre s’occupe du canon»
Suivant une envie patiente, pour qu’il ne soit pas dit que l’heure est passée de l’Envolée, nous y voilà, résolument installés, prenant notre temps avec le partenaire d’élite inactuel du chanteur d’ailleurs Stephan Eicher. L’écrivain-parolier de renom Philippe Djian, envolé lui-même en vacance, nous répond finalement mot à mot par mail de ceux d’Envolée, depuis une chambre d’hôtel parisienne le 14 janvier.
Combien de temps prend une chanson du romancier Philippe Djian pour Stephan Eicher le chanteur ?
Je mets environ un an pour écrire un livre. Par beau temps, je parviens à attraper, disons 100 000 lecteurs. Ecrire le texte d’une chanson me prend quelques heures, jamais plus d’une journée. Des millions de gens vont l’écouter, l’entendre. J’aime ces chiffres, ils m’amusent. Ils sont amusants, non ? Cette disproportion…
Ecrire livre, écrire couplets : la différence ?
Dans un bon roman, on doit trouver un rythme, une respiration pour chaque phrase, la tordre, en faire une arme. Mais il y a peu de chance malgré tout qu’elle pénètre un corps et s’introduise dans un cerveau, s’y installe, subreptice, et mène sa vie au milieu de nos pensées quotidiennes, et surgisse à tout moment comme le feraient les mots d’une chanson. Et vous voilà en train de roucouler ou de grincer des dents ou de vous passer le film parfois même sans le vouloir, sans rien avoir demandé, avec peut-être juste un simple bout de refrain aux lèvres, une ou deux phrases à peine chantées qui tournent et reviennent dans votre esprit et vous font du bien, ou vous arrachent des larmes, ou vous enflamment, ou vous apaisent, ou vous portent, comme par magie.
Est-ce que vos dispositions de parolier vous ont surpris, en tant qu’écrivain ?
J’ai toujours su que c’était sérieux et j’ai toujours accordé la plus grande importance à ce travail. J’ai toujours pensé que j’avais une fameuse clé entre les mains, qu’écrire une chanson était comme disséminer un gaz dans l’atmosphère et qu’à moins de porter un masque, le plus grand nombre était touché. J’ai tout de suite su que c’était une responsabilité et qu’il fallait s’en montrer digne. Ne pas faire comme l’autre avec cette histoire de Coca-Cola [Patrick Le Lay et le «temps de cerveau disponible», ndlr].
«Laisse l’imbécile sourire, qui est en moi» : d’où naît cette image ?
Il y a en moi un autre moi qui se moque systématiquement de ce que je fais. Mais je préfère parfois le laisser sourire et baigner dans son insondable crasse plutôt que de discuter. Heureux ceux qui n’ont pas d’imbécile au fond de leur cœur !
Votre chanson préférée, sur l’Envolée ?
J’ai une inclination pour les histoires de rédemption. Les histoires où l’on constate ses erreurs, où le regard devient lucide. Et parfois, j’arrive à en écrire une. Dans ton dos, par exemple.
Envolées fait songer aux livres d’images de l’enfance…
J’aime la naïveté du message. Les regards tournés vers la lumière, les hommes en marche vers un futur meilleur, vers l’horizon lumineux. Nous savons ce qui se cache derrière ce décor, nous ne sommes pas dupes. Nous n’avons jamais marché vers un monde meilleur. «Les gentils ouvriers sortent des maisons»… pour aller pointer au chômage.
Vos modèles paroliers ?
Gainsbourg et Manset, bien sûr, mais également Biolay, Souchon, Barbara.
Vous avez travaillé avec Christophe, semble-t-il. Et Bashung ?
Je n’ai jamais approché Christophe, mais j’ai vu Bashung pendant un moment, nous avons essayé. Nous nous sommes promenés au bord du lac, mais il est parti trop vite. J’aurais été très fier d’écrire au moins une chanson avec lui. Ceux qui l’ont fait doivent connaître leur bonheur. N’étant pas l’un de ses intimes, je ne sais pas si ma parole vaut quelque chose, mais j’ai le souvenir d’un homme d’une infinie légèreté. Si je parle de sa gentillesse, aussi, est-ce que je vais le faire passer pour un con ?
«De quoi se patienter un peu», dans Des hauts des bas, en 1989 : c’est Eicher qui a rajouté «se» à «patienter un peu» ?
Quand j’ai entendu ça, la première fois, «de quoi se patienter un peu», je suis revenu en arrière avec une grimace de dégoût - ou d’horreur, je ne sais plus très bien -, et à la deuxième écoute, j’ai juste froncé les sourcils, et à la troisième, je me suis dit «Tiens, tiens…». Et maintenant, je trouve ça formidable. Ce Suisse est un génie. Ce type embellit notre langue.
Cela fait quoi, à la longue, d’être sa langue ?
J’en viens à cette symbiose, vous me demandez ce que ça fait et vous vous doutez bien que je m’interroge depuis des années sur la question, vous vous doutez bien que cette pensée m’obsède. Mais il ne sort jamais rien de si extraordinaire de ces réflexions, rien qui laisse béat d’admiration. Au contraire. Il n’y a rien de magique dans notre relation. C’est simplement très agréable, très gratifiant. Symbiotique ? Complémentaire, plutôt. L’image qui me vient à l’esprit est celle d’un tank : l’un conduit, l’autre s’occupe du canon.
Comment ça marche, une «Djianson» ? Vous écrivez à vide, ou d’après canevas d’Eicher ?
Je me sers de deux ou trois accords - toujours les mêmes, car j’écarte ceux qui nécessitent un barré et me donnent une crampe dans le pouce à la longue -, je les joue et j’attends. Qu’une phrase me vienne, qu’elle s’enroule. C’est comme se trouver devant un distributeur de boissons, on glisse une pièce, et cling, on se penche pour saisir la bouteille. Et dans cette bouteille, il y a un message. Ce n’est pas plus compliqué que ça.
A ce stade, je m’arrête. Je pose l’instrument. Je me mets à écrire le texte. Que je lui envoie. J’attends. Les mélodies que je compose sont assez pauvres. Alors j’attends. J’attends de lui. Je lui dis : «Ne t’en occupe pas. C’est juste pour t’indiquer l’humeur, pour te montrer comment le truc s’articule. C’est toi qui dois écrire la chanson.» Et c’est ce qu’il fait. C’est lui qui prend le relais. Et je n’entends plus parler de lui durant des jours, j’essaie de penser à autre chose. Jusqu’au moment où je reçois la nouvelle chanson dans ma boîte à lettre. «Je te croyais mort», lui dis-je.
Libération, 25/01/13
Philippe Djian invité du Centre Pompidou le 18 mars 2013

Dans le cadre du cycle "La création à l'œuvre" organisée par la BPI au Centre Georges Pompidou, Philippe Djian est l'invité d'un entretien avec Jean-Baptiste Harang, critique au Magazine Littéraire et romancier, le lundi 18 mars 2013 à 19 heures.
Entrée libre dans la limite des places disponibles, petite salle du Centre Pompidou (Centre Pompidou, entrée principale, rue Saint-Martin [Piazza]).
"Le labyrinthe de Lou Reed", par Philippe Djian (Le Figaro, 14/12/12)

"Une photo ne devrait jamais avoir de titre, proposer quelque commentaire que ce soit. Une photo doit être un voyage non accompagné, intime.
Il y en a trois cent cinquante ici, dans ce gros volume. Bout à bout, elles forment une sorte d'onde, de flux silencieux, elles racontent une histoire qui ne finit jamais. Merci, Lou. Puis-je vous appeler Lou? Ça ne fait rien. Je ferais pareil à votre place. Merci, en tout cas. Vous m'avez fait du bien. En ce moment, il y a vous et l'album de The Lumineers pour me faire du bien. Je me demande si nos grands-parents avaient l'équivalent durant la crise de 29. Je le leur souhaite. Ils en ont bavé eux aussi.
Lou, vous m'avez fait du bien…
En tout cas, merci pour votre livre. Je vous ai su gré de votre humilité, je vous ai su gré de votre mutisme — même si c'est un peu plus compliqué que ça —, je vous ai su gré de la confiance que vous nous accordiez. C'est assez rare chez les célébrités telles que vous, de ça, de ne pas vouloir se mettre en avant, de ne pas la ramener d'une manière ou d'une autre. Merci de faire appel à notre sensibilité, notre intelligence.
Il faut s'asseoir et prendre ce livre sur ses genoux. S'installer dehors avant les premières gelées, s'isoler. Caresser les pages. Plisser les yeux. Remonter son col. Être discrètement ivre. C'est un jeu. Lou, c'est un merveilleux labyrinthe. Monsieur Reed, c'est de votre vie qu'il s'agit aussi et croyez que je mesure le don que vous nous faites — de spectateurs nous transformer en acteur, en participants. Non, ça ne me gêne pas de vous appeler Monsieur Reed, au contraire. Ça vous va bien. Je ne vais pas me mettre à vous tutoyer, Lou.
Je pense que votre musique m'a aidé. Pas simplement à pénétrer votre livre, à m'y sentir bien sur-le-champ, à y vagabonder, mais aussi aidé à mieux vous connaître — vous êtes si éloigné de ce type mal embouché, horrible, que des générations de journalistes ont décrit à longueur d'articles, si différent, il suffit d'observer le monde à travers vos yeux pour s'en convaincre, de parcourir toutes ces photos pour voir à quel point ils se gourent - ils sont si facilement manipulables.
L'autre jour, ma fille qui a vingt ans vous écoutait et, voyant le plaisir que manifestement elle y prenait, je me suis approché avec votre livre et je lui ai dit qu'il n'y avait qu'à tourner les pages, que c'était votre nouvelle contribution à l'édifice commun, puis j'ai fait demi-tour. Je n'avais pas d'autre explication à lui donner, ça suffisait bien. Et plus tard, elle a levé la tête, elle m'a cherché des yeux, et elle a opiné. Ça ne m'a pas surpris, venant d'elle."
Ph. Djian
Dernier ouvrage de Philippe Djian paru: "Oh..." (Gallimard).
Rimes/Rhymes, photos de Lou Reed, textes de Bernard Comment, Éditions Photosynthèses ,350 p., 70€.




